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martes, julio 05, 2011

Stabilité de l’euro : la nécessité d’une véritable réforme des activités financières

Par Emmanuel Sales, ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégé de philosophie et directeur général de la Financière de la cité (LE MONDE, 05/07/11):

Avant d’être une zone monétaire, l’euro est un système moral. C’est sa force et aussi sa faiblesse. En imposant des plans rigoureux de retour à l’équilibre, les autorités ont accompli leur devoir. Mais les efforts demandés risquent de rester lettre morte s’ils ne sont pas accompagnés d’une véritable révolution dans l’organisation et le contrôle des activités financières. Pour assurer la véracité de la monnaie à long terme, il ne suffit pas de brandir des critères macro-économiques de solvabilité. Il faut conforter les traditions d’enrichissement par le travail et par l’épargne et restaurer la confiance dans le système financier. Cela implique une volonté commune de la France et de l’Allemagne pour imposer un mode de régulation conforme aux habitudes et aux modes de vie des sociétés européennes.

Si les étoiles n’apparaissaient qu’une fois tous les cent ans, dit Emerson, les hommes en chériraient longtemps le souvenir. Accoutumés à l’utilisation de la monnaie unique, nous en avons négligé le trésor. L’évidence de l’euro nous a distraits de nos devoirs. Comme un propriétaire oublieux nous avons laissé la défense de nos droits à ceux qui étaient chargés d’en assurer la simple gérance. La crise financière nous a rappelés à nos obligations.

Durant les trente dernières années, la crédibilité des banques centrales et l’efficience des marchés de la dette souveraine ont entretenu une illusion de maîtrise des cycles économiques. La hausse du prix des actifs a masqué le creusement des déséquilibres. La crise financière globale a mis au jour le gouffre entre la valeur réelle des choses et ce qu’en avait fait l’imagination des hommes.

Depuis, la situation ne s’est pas améliorée. Les Etats-Unis sont durablement engagés dans des politiques visant à déprécier la valeur du dollar au risque de créer des tensions sur les prix, le secteur financier s’est placé sous la tutelle des Etats, sans rien changer à ses pratiques. Les hommes ordinaires, scrupuleux, subissent indirectement tout le poids de l’ajustement économique par l’alourdissement des charges pesant sur les budgets nationaux.

Dans ces circonstances historiques, les autorités européennes ont fait preuve de sagesse financière et de courage politique. En assurant le sauvetage des pays en difficulté, elles ont ouvert la voie à une intégration des politiques budgétaires. En évitant de se lancer dans une politique d’injection de liquidités à tout-va, elles ont protégé la valeur de la monnaie. Mais cela ne suffit pas.

Avant d’être une union monétaire, l’euro est un système moral. Il repose sur la confiance et l’instruction de ceux qui ont à le manier. Pour que l’euro soit durablement établi, il faut que chacun soit assuré que personne ne peut, par des politiques unilatérales ou un privilège quelconque, obtenir plus de richesses qu’il n’en peut obtenir. Dans cette logique, le retour à l’équilibre des comptes publics ne peut faire l’économie d’une réforme en profondeur des activités financières.

L’EURO EST UN SYSTÈME MORAL AVANT D’ÊTRE UNE UNITÉ MONÉTAIRE

L’analyse de la zone euro à l’aune de critères purement comptables et financiers est unilatérale, en ce qu’elle manque l’essentiel du processus historique. Il y a en effet entre les peuples de la zone euro une communauté de destin qui a toutes les caractéristiques de ce Wittgenstein appelait “une forme de vie”, un rapport au droit et à l’histoire qui détermine des façons de parler et d’agir.

L’euro est le legs de la “grande guerre” civile européenne. A la différence des Anglais et des Américains, les membres de la zone euro sont à bien des égards, des peuples résilients. Ils portent sur leur sol et dans leurs villes la marque des plus grands conflits mondiaux ; ils ont subi la dictature, le totalitarisme, la glaciation soviétique. Il leur en est resté une certaine méfiance vis-à-vis des politiques de grandeur, une vision multilatérale du monde et un goût pour l’équilibre des pouvoirs, que reflète le processus même de construction européenne, fait d’arbitrages et de compromis.

L’euro est une création artificielle nous disent les beaux esprits. Ce qui est plutôt surprenant, c’est que nous ayons eu si longtemps le franc, le mark, la lire, etc. La corruption des monnaies à partir de la “grande guerre” a été le grand facteur de désagrégation sociale et politique des sociétés européennes. De 1914 jusqu’à l’avènement de l’euro monétaire, en 1999, la valeur du franc a été divisée par vingt ; le mark s’est effondré deux fois; la lire, la peseta ont perdu à peu près toute valeur. Chaque fois, les politiques monétaires unilatérales qui ont suivi le retour à la paix ont entraîné le déficit, le repli sur soi, le rationnement de la demande, l’appauvrissement du plus grand nombre.

L’euro a mis fin à cette longue histoire. Avec l’euro, chacun est, en théorie, assuré d’être, suivant la vieille expression juridique reprise par Rueff, “rempli de ses droits”. L’euro repose sur l’idée simple et de bon sens que chaque Européen ne peut puiser des richesses sur le marché “qu’à concurrence de celles qu’il y versera”. La valeur de la monnaie unique découle de l’engagement des Etats membres à suivre les règles communes qu’ils se sont prescrites et non d’un quelconque privilège seigneurial permettant d’obtenir sans payer. C’est ce qui fait sa faiblesse, mais aussi sa force : les droits des créanciers de l’Etat grec sont certainement décotés, mais ce sont de vrais droits. En est-il de même des droits des créanciers du Trésor américain ?

L’épargne est le fondement de la stabilité monétaire. L’épargne des ménages constitue l’autre clé de la stabilité monétaire. Si la zone euro a été moins touchée que d’autres par la crise financière, elle le doit moins à la clairvoyance de ses élites qu’au niveau d’éducation de ses ressortissants. L’ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, Raghuram Rajan, l’a bien noté : l’origine lointaine de la crise réside dans l’échec du système d’enseignement aux Etats-Unis. Au lieu d’encourager les gens à constituer des réserves propres, les autorités américaines ont incité des ménages impécunieux à devenir propriétaires de leur logement.

La situation de l’Europe est bien différente. D’après l’OCDE, le taux d’épargne brut des ménages de la zone euro représente près de 16 % de leur revenu disponible, contre à peine 4 % aux Etats-Unis. L’essor du crédit à la consommation ou des emprunts hypothécaires est un phénomène récent et très localisé, qui concerne essentiellement certains pays d’Europe du Sud. De façon générale, les mécanismes de “financiarisation” des actifs illiquides et notamment immobiliers, que certains appelaient encore de leurs vœux il y a quelques années, n’ont jamais pris racine sur le continent.

En Europe, come le remarquait Bastiat, la réalisation du loisir, le perfectionnement des arts, le développement intellectuel et moral ont toujours été associés avec l’accumulation patiente des capitaux. Faiblement endettés, les ressortissants de la zone euro disposent de ressources propres leur permettant d’absorber une grande partie du choc macro-économique. C’est pourquoi le processus de contraction sera moins long et moins douloureux en zone euro qu’ailleurs.

Dans ces conditions, il convient de relativiser la crise de la dette souveraine. Les difficultés financières auxquelles font face certains pays membres depuis la fin de l’année 2009, sont liées à la mauvaise gouvernance de leur secteur financier (comme en Irlande), aux politiques d’incitation à l’endettement privé et de déréglementation du crédit (comme au Portugal ou en Espagne) et à une mauvaise gestion de l’Etat (comme en Grèce). En revanche, les traditions d’enrichissement par le travail et par l’épargne sont fortement ancrées dans les sociétés civiles.

Ainsi, contrairement à ce qu’écrivent à longueur de journée les éditorialistes du Financial Times, l’euro n’est donc pas un “schéma de Ponzi”. La crise globale ouverte en 2007 doit plutôt être mise à profit pour renforcer les fondements de l’euro que sont la confiance, qui nous oblige à vivre et à nous mouvoir dans un espace commun et l’éducation, qui nous a appris à ne pas dispenser précocement les fruits de la croissance future. Dans cette perspective, plusieurs chantiers s’ouvrent à nous, qu’une coopération étroite entre la France et à l’Allemagne permettrait de faire aboutir.

L’EUROPE DOIT IMPOSER SON PROPRE MODÈLE DE RÉGULATION FINANCIÈRE

Encourageons la constitution de réserves à long terme. Plutôt que de soutenir artificiellement la consommation en satisfaisant des clientèles diverses, il faut au contraire encourager l’orientation de l’épargne vers des emplois à long terme. Seuls ceux qui disposent de ressources longues, du fait de la taille de leurs fonds propres ou du caractère non exigible de leurs passifs peuvent supporter le péril du long terme, sans risque d’aléa moral. Les enjeux du long terme, liés en particulier à l’allongement de la vie humaine (retraite, dépendance) et au préfinancement des risques industriels lourds (comme le démantèlement des centrales nucléaires obsolètes) doivent être portés par ceux qui sont à même de les soutenir.

A cet égard, les nouvelles normes de solvabilité applicables au secteur de l’assurance (dites “solvabilité II”) constituent, à nos yeux, une erreur historique. Fondées sur une approche purement statistique des risques financiers à court terme, elles handicapent gravement la capacité des assureurs à porter les risques de long terme. L’économiste Christian Gollier, qui a contribué directement à la révision des taux d’actualisation pour les investissements publics en France et à l’étranger, en faisait récemment la remarque: il est surprenant que l’on adopte une réforme qui favorise de façon si criante le court terme, alors que les enjeux de long terme, liés notamment à l’allongement de la vie humaine, pèsent aussi fortement sur notre destin collectif et la dette des Etats.

Dans cet esprit, on ne peut qu’appeler à une prise de conscience des autorités européennes. Parmi les acteurs du système financier, les assureurs ont pour vocation naturelle de permettre la mutualisation et le transfert des risques dans le temps. A la différence des banques, ils jouent un rôle clé de gestion des risques à long terme. Plutôt que de favoriser le transfert des aléas financiers vers les particuliers, il faut au contraire encourager les mécanismes de solidarité collective, qui permettraient d’orienter l’épargne vers le financement des infrastructures ou de besoins à long terme, aujourd’hui supportés par la dette publique.

Réduisons la taille des banques. Les régulateurs européens doivent effectuer une véritable révolution copernicienne. La raison d’être de la régulation financière est de protéger la petite épargne et de lutter contre les fraudes, non d’éviter la faillite des établissements, avec les risques d’aléa moral et de mauvaise utilisation de l’argent public que cela comprend. C’est en amont qu’il faut prévenir le risque de contagion à l’ensemble de l’économie, en évitant que les établissements prennent des risques trop corrélés ou adoptent des structures de bilan déséquilibrées.

A cet égard, la taille des établissements financiers et leur niveau d’imbrication avec la sphère publique sont devenus un problème. L’accès aux fonds des Etats permet aux établissements financiers de contracter avec des intermédiaires qui les exposent de manière opaque à la banqueroute. En outre, le poids des institutions financières permet à un nombre limité d’acteurs de peser sur l’orientation des normes.

Les exigences de stabilité financière rejoignent ici l’intérêt public. La réduction de la taille des établissements doit s’accompagner d’une clarification du rôle des organismes de tutelle, qui ne peuvent à la fois exercer une mission de surveillance et de promotion des places financières. En la matière, beaucoup de chemin reste à faire, compte tenu de l’orientation donnée à la réglementation depuis plusieurs années. Toutefois, l’Allemagne et la France disposent en Europe de l’influence et du poids suffisant pour orienter la réglementation dans un sens plus conforme à l’intérêt des épargnants. C’est simplement une question de volonté politique.

Assurons une stricte séparation des activités financières Dans cet ordre d’idées, les autorités pourraient également imposer un véritable “Glass Steagle Act” à l’européenne (du nom de la loi qui imposait une stricte séparation entre les activités de banque d’affaires et de banque de dépôt aux Etats-Unis), pour garantir l’alignement des intérêts entre les banques et leurs clients.

Comment une même maison peut-elle à la fois collecter les dépôts, faire du conseil aux entreprises, émettre des titres, gérer en toute indépendance l’épargne qui lui est confiée ? Au-delà des conflits d’intérêt qu’elle suscite, la pratique consistant pour les banques à orienter les flux financiers en fonction de leurs contraintes de bilan entraîne une mauvaise allocation de l’épargne à long terme. Le bon sens, autant que la théorie économique, suggère de séparer les métiers, la banque et l’assurance, la banque de dépôt et la banque d’affaires, la gestion pour compte de tiers et pour compte propre.

Là encore, beaucoup de choses restent à faire. La culture administrative privilégie l’émergence de grands établissements, qui présentent toutes les garanties apparentes en termes de contrôle des risques et offrent des solutions attractives aux problèmes de carrière des hauts fonctionnaires. Sous l’impulsion de Paul Volcker, ancien Président du bureau de la Réserve fédérale américaine, les Etats-Unis ont commencé à instaurer des règles visant à prémunir les conflits d’intérêts. La France et l’Allemagne pourraient aller beaucoup plus loin en imposant une véritable séparation des activités financières.

Adoptons des normes contra-cycliques. La crise financière a fait apparaître les effets négatifs de la pro-cyclicité des normes prudentielles. Pendant les périodes de stress, la dégradation instantanée des indicateurs incite à vendre les actifs à l’encan et conduit à adopter des comportements de thésaurisation des liquidités, au moment même où la baisse des taux d’intérêt permettrait d’augmenter la prise de risque.

Malheureusement, en cette matière, toutes les leçons de la crise n’ont pas été tirées : les agences de notation ont été confortées, des paramètres de risque à court terme, étendus à l’ensemble du secteur financier. Il faut à l’évidence proposer de nouveaux outils de mesure de l’équilibre financier, allant dans le sens d’une démarche contra-cyclique. Une réflexion sur les implications macro-économiques de la comptabilisation en valeur de marché d’actifs visant à couvrir des engagements de long terme s’impose. De même, les démarches du Comité de Bâle visant à constituer un capital “tampon” anti-cyclique pour les banques durant les périodes d’expansion, doivent être encouragées.

CONCLUSION

La crise financière globale que nous traversons depuis 2007 constitue une opportunité historique. A la différence des Etats-Unis, l’Europe s’est engagée dans la voie de la stabilité monétaire. Elle a fait le pari que la dynamique de socialisation l’emportait sur les tendances centrifuges qui ont mené au paupérisme et à la dépendance. C’est un choix exigeant, mais raisonnable. Mais les efforts demandés risquent de rester lettre morte s’ils ne sont pas accompagnés d’une véritable révolution dans l’organisation et le contrôle des activités financières. Que m’importent les codes de bonne conduite, les procédures de contrôle de risque, si les puissants échappent à la possibilité de faillir ? Si l’on veut que la véracité de la monnaie soit durablement établie, il faut rétablir la solvabilité de l’économie et du système financier sur des bases saines.

Fuente: Bitácora Almendrón. Tribuna Libre © Miguel Moliné Escalona

lunes, marzo 28, 2011

Las traiciones del Bundesbank a Europa

Por Xavier Vidal-Folch (EL PAÍS, 25/03/11):

¿Será el próximo presidente del Banco Central Europeo (BCE) un clon de la gente del Bundesbank? El BCE se configuró a imagen del banco emisor alemán: por su misión, la estabilidad de precios; por su relación con los Gobiernos, de total independencia; por su organización, con un amplio consejo representativo y un restringido directorio.

Et pour cause! Había una gran razón para copiarlo: fue muy exitoso. El Bundesbank (1957) o Buba generó la estabilidad monetaria externa y de precios internos que enraizó el milagro alemán de los años cincuenta-sesenta, la (re)construcción de una gran nación y la forja de una rutilante potencia. En un país donde el patriotismo suele resultar sospechoso, el único símbolo nacional digno era su divisa: unidad nacional y moneda se entrelazan. Y se embolsaba el dividendo del prestigio quien la administraba, pues lo hizo bien, el Bundesbank. No como su predecesor, que multiplicó en 1923 la inflación por 2.000 millones, abonando el campo al hitlerismo: fundió el empleo y los ahorros alemanes.

Pero esa historia de luces exhibe sombras. Políticas. El Buba, que ya afrentó a Adenauer, poco contribuyó a la desnazificación. Dos de sus gobernadores han sido miembros del partido nazi: Otto Emminger (1977-1979) y el mutante Karl Blessing (1958-1969), quien en 1938 organizó la absorción del banco central austriaco por el Reichsbank. En 1958, entre los 34 altos directivos del Buba había 13 exmiembros del partido nazi; en 1968 habían aumentado a 18. (David Marsh, en sus luminosos El Bundesbank, el banco que gobierna Europa; Celeste, 1994; y The euro, the politicis of the new global currency; Yale, 2009).

La entidad defendió con uñas y dientes su independencia. Hasta el exceso. Era “un tipo de Estado dentro del Estado”, se enorgullecería uno de sus más carismáticos gobernadores, Karl Otto Pöhl. Y eso que aquella era hija del azar, pues su antecedente inmediato, el Bank Deutscher Länder (1948), nació cuando la dividida Alemania aún carecía de Gobierno federal. El Buba desafió a todos los cancilleres. Y tumbó o apuntilló a tres, al subir los tipos de interés y generar deflaciones: Ludwig Erhard en 1966, Karl Georg Kiesinger en 1969 y Helmut Schmidt en 1982.

Por demasiada ortodoxia, independencia o nacionalismo carca, el banco, como san Pedro a Cristo, traicionó tres veces a la integración europea. Militó, mediante recelo y/o saboteo, contra los tres grandes avances monetarios del siglo XX: el SME, la unificación alemana y la creación del euro.

El final del dólar como ancla monetaria mundial en 1971-1973 originó un sistema de cambios semifijos en Europa: la serpiente monetaria, en la que las divisas variaban dentro de sendas bandas del 2,25% sobre la central. Pero el franco no resistió esa flexibilidad. En 1976 había muerto.

El presidente Valéry Giscard y el canciller Helmut Schmidt -los refundadores de Europa- inventaron una alternativa, el Sistema Monetario Europeo (SME), porque la experiencia de la serpiente “era concluyente: no conseguiríamos hacer funcionar un sistema monetario europeo mientras las monedas más débiles debían soportar solas el peso del mantenimiento de la desviación, mientras que las monedas más fuertes continuarían cacareando en cabeza, sin preocuparse si el resto del cortejo les seguía” (Giscard, El poder y la vida; El País Aguilar, 1988). El SME era una nueva serpiente con bandas más anchas, una moneda de cuenta (el ECU, European Currency Unit) y un Fondo Monetario Europeo a la FMI. Y los dos bancos centrales de las monedas extremas intervendrían juntos.

Pero “el gobernador del Bundesbank, Otto Emminger, no está de acuerdo con el proyecto. No quiere encontrarse ante la obligación de actuar para sostener monedas débiles vendiendo marcos alemanes, ya que se correría el riesgo de alimentar la inflación en Alemania”, protestó Giscard:

Schmidt: Usted y yo somos los únicos comprometidos.

Giscard: Lo esencial es convencer a la comunidad financiera alemana; usted está mejor situado que yo para hacerlo.

El canciller doblegó al Buba con un discurso legendario en su sede el 30 noviembre de 1978. Una arenga sobre la necesidad de ligar Alemania con Europa, de no desencadenar con imposiciones “miedos viscerales” de los vecinos (…) porque “somos vulnerables, primero por Berlín (…) y por Auschwitz. Cuanto más éxito tengamos (…), más tiempo tardará en desvanecerse Auschwitz de las conciencias colectivas”. E insinuó que el Parlamento podría retirar la independencia al banco. Ganó Schmidt, se creó el SME. Aunque, concesión al Buba, el FME decayó. Y el marco sustituyó al dólar como moneda de referencia en Europa.

La segunda traición de Fráncfort a Europa vino con la unificación alemana. Y es que esta y la unión monetaria europea eran dos caras de la misma moneda. Lo ilustra el exministro de Exteriores francés Hubert Védrine (Les Mondes de François Mitterrand; Fayard, 1996) con este diálogo del 26 de junio de 1989, en Madrid, cuando Francia y otros querían arrancar a Bonn una fecha concreta para el euro:

Helmut Kohl: Abandonar el marco es un gran sacrificio para los alemanes. ¡La opinión pública no está preparada!

Mitterrand: Usted está preparando la reunificación alemana. Usted debe continuar demostrando que cree en Europa.

Cayó el Muro el 9 de noviembre de 1989. Pero Karl Otto Pöhl creía que la Alemania oriental no renunciaría a su soberanía monetaria: es una “fantasía”, declaraba en enero. Es “prematuro” incluso considerar “un paso de tan largo alcance”, añadía ¡el 6 de febrero de 1990, el día en que Kohl proponía iniciar negociaciones para unificar las monedas alemanas! El 7 de mayo dimitía de gobernador: “Me he hartado de hablar durante 18 meses. Todo lo que he dicho ha sido ignorado…”, lamentó.

Si hubiera sido por el Buba, la unificación no habría llegado, concluyó Kohl. Quien se equivocó fue el banco, ciego ante la evidencia de que la Alemania oriental se desmoronaba y que su inmediata absorción era imparable. Y tras el boicot, sus buenos consejos sobre una paridad más sensata (no la de un marco occidental por otro oriental) fueron ninguneados, al precio de una crisis de caballo en la RDA… y de altos tipos de interés para toda Europa.

Pöhl se vengó ante la Eurocámara en 1991 calificando de “desastre” la operación… y advirtiendo de que la unión monetaria europea en gestación -el tercer envite- iba demasiado deprisa. Era similar denuesto al de su antecesor Blessing contra el primer proyecto de unión monetaria (de 1962) formulado por el comisario Robert Marjolin como una “obligación inevitable”: las nuevas reglas no eran “ni deseables ni prácticamente realizables”. En 1970, el proyecto Werner también capotó por culpa del nacionalismo gaullista y de la defensa de la independencia del Bundesbank.

A la tercera sería la vencida. En la cumbre de Hannover, 1988, se formaría el Comité Delors para diseñar la moneda única. Los banqueros centrales hacían muecas. “Una vez más se confirmaba (…) que ninguna burocracia acepta su propia pérdida de poder. Especialmente el Banco Federal alemán opuso una dura resistencia”, rememora Schmidt (en Fuera de servicio, balance de una vida; Icaria, 2009). Pöhl enredaba, quería interrumpir al canciller: “Multiplicaba las objeciones de todo tipo”, relata Jacques Delors (Mémoires; Plon, 2004).

Fracasó. Pero persistió. En septiembre de 1990, Fráncfort rajó contra la fijación de tipos de cambio irrevocables “demasiado temprana”, que acarrearía “riesgos considerables para la estabilidad monetaria”. En enero de 1991, el vicepresidente, Hans Tietmeyer, alarmaba: la Alemania unida “tiene mucho que perder en la futura reordenación de las divisas, nada menos que una de las instituciones monetarias mejores y con más éxito del mundo”.

No lograron convencer a Kohl. Y este se avino en diciembre, en Maastricht, a fijar la fecha para la unión monetaria: 1 de enero de 1999, lo que “más marcó la cumbre”, concluía Delors. Qué torpe estrategia. Primero “dijimos que no saldría nada de la unión monetaria”, confesó a Marsh, contrito, Otmar Issing, el ideólogo del Buba y luego economista jefe del BCE. Luego se batieron en retirada, pero obstaculizando el proceso al formular condiciones que parecían inasumibles para otros países. Jamás creyeron que Francia e Italia aceptarían un BCE independiente. Erraron también. Pero siguieron rezongando. Ya tarde, en 1997, Tietmeyer anhelaba: “El cielo no se caería si la unión monetaria fuese pospuesta”. Quizá le ocurría lo que a Pöhl: “Nunca pensé que la unión monetaria con un BCE llegaría en un futuro previsible; pensaba que quizá sí en cien años”.

Por suerte, para todos, la cuadrilla del Buba fue derrotada por los dos Helmut. Grandiosos. En el primer decenio del euro, Alemania triplicó su superávit comercial.

Fuente: Bitácora Almendrón. Tribuna Libre © Miguel Moliné Escalona

viernes, febrero 04, 2011

Alemania y el euro

Por José María Carrascal, periodista (LA VANGUARDIA, 01/02/11):

Los he uncido porque el euro viene a ser la materialización de un sueño alemán: el sueño de la Europa unida. No haber pertenecido al Imperio Romano es la más antigua de las frustraciones alemanas, y ya que la historia no puede deshacerse, se han pasado la suya tratando de reconstruirlo, primero, con el Sacro Imperio Romano Germánico, luego con los más diversos intentos, como el de nuestro Carlos I, V de ellos, y el último, el más fallido de todos, el de Hitler. Lo curioso es que la ocasión les llegó tras ese fracaso, con toda Europa en ruinas. Aunque desde las ruinas se levanta mejor la casa común. Alemania ha sido el motor y tesorero de la Europa Unida, ese club de lujo que atrae gentes de todo el planeta por su arte, libertades, servicios sociales y nivel de vida. No ha conseguido todavía convertirse en unos Estados Unidos de Europa, pero ha logrado una moneda común más fuerte que el dólar, el euro, que ha venido a simbolizar la realización de ese sueño.

Y miren ustedes por donde, cuando creíamos haberlo alcanzado, se nos dice que corre peligro, no sólo el euro, sino la casa común. Porque «si el euro fracasa, fracasa Europa» ha dicho nada menos que Angela Merkel en Davos. ¿Cómo es posible? ¿Cómo puede fracasar el experimento más exitoso de la historia? Pues porque también se puede uno morir de éxito, y no hay duda de que el éxito de la Comunidad Europea se le ha atragantado. Por lo pronto, ha querido ir demasiado rápida. Mientras era un club de seis naciones de parecidas características y similares economías, su funcionamiento no ofrecía mayores dificultades. Pero cuando se amplió a doce, a quince y, luego, a veintisiete miembros, con enormes discrepancias entre ellos, la cosa comenzó a complicarse. Quiso subsanarse con una moneda común a modo de argamasa, y puede que haya sido la grieta. Adoptar una moneda común sin haber adoptado antes una política económica común es muy arriesgado, pues se corre el riego de que algunos socios gasten más de lo debido, al disponer de una moneda más fuerte que sus posibilidades. Que es lo que ha ocurrido. Con dracmas, escudos y pesetas, los griegos, portugueses y españoles no podían ir a Nueva York a hacer compras. Con euros, sí. Lo malo es que sus economías nacionales no respondían a la deuda que iban generando tanto fuera como dentro de su país. Faltaba sólo la gran crisis que ha sacudido la escena internacional como un terremoto, para que quedase al descubierto ese defecto de fábrica tanto del euro como de la Comunidad Europea. Se había empezado a construir la casa común por el tejado.

Hoy es tarde para corregirlo y lo que intenta hacerse es apuntalarla. ¿Cómo? Pues inyectando dinero a los que amenazan quiebra y obligándoles a ajustarse a sus verdaderas posibilidades. Algo que sólo puede conseguirse con recortes drásticos en sus prestaciones sociales y en su nivel de vida. No puede continuar que los alemanes se jubilen a los 67 años, y los griegos, a los 62. O que ellos tengan un copago en sus servicios médicos, y los españoles, no. Que Alemania viese deteriorarse sus autopistas, al tiempo que financiaba nuestras autovías. O que los impuestos irlandeses a los beneficios de las inversiones extrajeras fueran sólo un tercio de los que los que las hacen pagar en otros miembros de la unión. Había que armonizar la política económica y los impuestos de todos ellos si quería mantenerse que estábamos ante una auténtica comunidad. Los severos planes de reajuste impuestos a los que han vivido por encima de sus posibilidades es la primera consecuencia de ello.

¿Se salvará Europa o, lo que es lo mismo, se salvará el euro? La inmensa mayoría de los europeos lo aseguran. «El coste de romper el euro sería tan grande que nunca ocurrirá», dicen. Pero fuera no todos opinan lo mismo y en el Reino Unido, se considera posible. No sólo por haber antecedentes históricos —ya hubo, en 1865, un intento de implantar una moneda única en Francia, Bélgica, Italia y Suiza, como en 1875, otro entre Suecia, Noruega y Dinamarca— que fracasaron, sino también por razones técnicas, expuestas por Ed Balls, un editorialista del «Financial Times» que convenció a sus gobiernos conservadores y laboristas de que no adoptasen el euro porque «Europa carece de un sistema de impuestos federales que igualan las divergencias de las divergentes economías de sus estados, como ocurre en Estados Unidos». Tesis adoptada por Norman Lamont, Chancellor of the Exchequerbajo Mrs. Thatcher, que decía: «Siempre he dicho que el euro se romperá. No tras la primera crisis, sino tras la siguiente. Este no es, al fin y al cabo, un proyecto común, sino un proyecto político».

Hay que descontar de tales pronósticos ingleses su reticencia instintiva a ver unirse Europa, the Continent como ellos la llaman, para poder imponerse sobre ella, que hoy no tienen sentido. Pero que existe ese peligro lo demuestra la intranquilidad reinante en la última cumbre de Davos y las medidas que se están tomando para rescatar a los miembros más vulnerables de la Comunidad. Se hizo con Grecia, se hizo con Irlanda y ha intentado hacerse con Portugal, pero los portugueses, no sabemos si por orgullo o por estar más seguros de sí mismos que los demás, han rechazado la oferta. La incógnita es España. Su economía es mucho mayor que la de Grecia, Irlanda o Portugal, por lo que rescatarla requeriría mucho más dinero. Los cálculos que se barajan van de 350.000 millones de euros a 700.000 millones. Y aunque la Comunidad Europea ha decidido ampliar el fondo de rescate, tal palo iba a dejar sus arcas vacías o semivacías, perspectiva muy poco agradable.

Aparte de que muchos alemanes empiezan a estar hartos de rescatar a sus socios manirrotos y aunque la unidad europea sigue siendo uno de sus sueños, hay sueños demasiado caros y las encuestas arrojan que alrededor de la mitad sienten nostalgia por el marco. Aunque también hay que advertir que una declaración de quiebra española afectaría a Alemania no sólo en sus sueños, sino también en sus realidades: sus bancos y su industria tienen cuantiosas inversiones en nuestro país, que naturalmente acusarían el golpe.

De ahí también la visita que se anuncia de la cancillera a nuestro país, acompañada de su equipo económico. Viene a ver si estamos haciendo los deberes, cumpliendo lo prometido por nuestro presidente, a animarle y animarnos a cumplirlo.

Personalmente, puedo añadir lo siguiente: visito Alemania por razones familiares todos los años, y ya hace tres aprecié que se ajustaban a la crisis. «Este verano no hay vacaciones fuera. Hemos decidido ir al Mar del Norte». «Quince días, en lugar de un mes». «Las comidas en el restaurante los domingos, ahora, en casa». «Continuamos con el viejo coche» y cosas por el estilo.

Hoy, están saliendo de la crisis. Pero se ven arrastrados hacia el foso en que han caído otros por improvisación, frivolidad o, simplemente, ignorancia. E incluso, acusados de insolidarios y culpables de que la crisis se prolongue, ellos, que han contribuido más que nadie a una Europa unida y han hecho lo que tenía que hacerse para afrontar la crisis. Pero estas son cosas de la vida. Lo importante es lo que ha dicho su cancillera, que si fracasa el euro, fracasa Europa. Alemania ha hecho y está haciendo lo posible para que no fracase. Pero Alemania sola no puede salvarlo.

Fuente: Bitácora Almendrón. Tribuna Libre © Miguel Moliné Escalona

jueves, abril 29, 2010

Crisis (17): el liderazgo alemán

Por Xavier Sala i Martín, Columbia University y Fundació Umbele (LA VANGUARDIA, 17/02/10):

Lo confieso: cuando en los años noventa se discutía la conveniencia de adoptar el euro yo era de los que pensaban que era una mala idea por varias razones, entre las que destaco dos. La primera es que estaba convencido de que llegaría el día en que algunos de los países de la zona euro estarían inmersos en una gran crisis económica al tiempo que los otros estarían bien. Esa asimetría sería un problema porque la política monetaria debía ser la misma para todos, a pesar de que lo que conviene a los que están en crisis es distinto de lo que necesitan los que no. Eso generaría tensiones inaguantables.

La segunda era que la histórica voracidad fiscal de países periféricos como España, Portugal, Grecia o Italia resultaba incómoda para los estados fiscalmente disciplinados como Alemania u Holanda hasta el punto de que estos tendrían que acabar pagando la polifagia de los primeros para no hundir la moneda común. Es más, pensaba que el mero hecho de saber que acabarían siendo rescatados incentivaba a los indisciplinados a excederse fiscalmente cuando llegara la primera gran crisis.

Y la primera gran crisis llegó y también llegó la temida situación: la periferia está en recesión mientras que el centro ya ha salido de ella. Es más, como estaba previsto, para intentar salir del agujero algunos países generaron unos déficits fiscales tan extravagantes y pidieron prestadas tan ingentes cantidades de dinero que les será difícil devolver el crédito. De momento, nadie sabe de dónde sacará el dinero Grecia para afrontar los pagos de las próximas semanas… aunque todo el mundo mira hacia la economía más solvente de Europa, Alemania, para que pague la factura. Y Alemania no sonríe.

Resumiendo, los temores que me llevaron a concluir hace diez años que el euro era una mala idea se han hecho realidad. Pero no me voy a poner ninguna medalla porque… ¡he cambiado de opinión!: en mi análisis de entonces infravaloré algo que hoy me lleva a pensar que la moneda única puede haber sido y puede seguir siendo buena para sus países miembros. Me explico. El proceso de europeización de España permitió hacer necesarias e importantes reformas bajo la excusa de que “Europa lo requería”. Por ejemplo, los criterios de Maastricht para entrar en el euro requerían que el déficit fiscal fuera inferior al 3% del PIB. La reducción del déficit impuso una disciplina fiscal que, a la postre, fue muy beneficiosa para el país. Cuando los diferentes grupos de presión se dirigían al Gobierno pidiendo subsidios y ayudas, este se podía negar con la excusa perfecta: “yo te daría el dinero… pero es que Europa no me lo permite”. Bajo ese pretexto se eliminó el déficit fiscal, se redujo la deuda pública, se rebajó la inflación hasta niveles civilizados y se abarataron los tipos de interés. Nada de eso hubiera sucedido sin el euro.

Pues bien, España se encuentra en una nueva encrucijada y el euro puede ser otra vez la solución. La crisis actual ha puesto de manifiesto que la productividad de muchos trabajadores españoles es preocupantemente baja, hasta el punto de que no compensa el salario que cobran. Cuando los salarios son más altos que la productividad, las empresas despiden trabajadores y el paro se dispara. Hay que volver a equiparar salarios y productividad.

Para ello sólo hay dos posibilidades: reducir los salarios y aumentar la productividad. No hay más. Algunos analistas (entre los que destacan importantes y barbudos economistas de izquierda con premio Nobel incluido) abogan por las reducciones salariales. En mi modesta opinión de economista sin premio Nobel, creo que se equivocan: hay que apostar por la productividad. Ahora bien, que quede claro que eso no va a ser fácil ya que requiere unas reformas que van a chocar frontalmente con los intereses de importantes grupos de presión: habrá que reformar el sistema educativo y eso molestará a los profesores, habrá que reformar el mercado laboral y eso contará con la oposición de los sindicatos, habrá que reducir el exceso de regulación y eso fastidiará a ecologistas, habrá que reformar el sistema financiero y eso incomodará a cajas y bancos, habrá que reformar la función pública y eso enfurecerá a funcionarios o habrá que reformar el Estado de bienestar (incluido el sistema de pensiones y asistencia sanitaria) y eso alienará a los votantes progresistas.

¡Sí! Todas estas reformas van a levantar ampollas políticas. Pero es imperativo que se lleven a cabo porque la alternativa es o la reducción masiva de salarios o unos niveles de paro inaceptablemente altos durante décadas. La pregunta es: ¿se pueden implementar tan impopulares medidas cuando los líderes políticos tienen miedo de enfrentarse a los grupos de presión? No lo sé, pero se podría intentar la solución de los años noventa: ¡darle las culpas a Europa! Para ello sería importante que los países de la verdadera Champions League europea (y en particular Alemania) pidieran que las ayudas que van a tener que dar a los otrora fanfarrones de la periferia para salvar el euro, tengan como contrapartida la implementación de reformas de fomento de la competitividad. Los gobiernos de Grecia, España, Portugal e Italia, por su parte, deberían aprovechar esas imposiciones europeas para sacarse de encima la presión de los lobbies interesados.

Es muy fácil ser líder cuando el viento sopla a favor. Ahora bien, cuando la cosa está cuesta arriba los fachendas se paralizan y entonces sólo queda lo único que ha funcionado bien en Europa en los últimos cincuenta años: el liderazgo alemán.

Fuente: Bitácora Almendrón. Tribuna Libre © Miguel Moliné Escalona

martes, septiembre 15, 2009

¿El fin del dólar como divisa suprema?

Por Paul Kennedy. Ocupa la cátedra Dilworth de Historia y es director de Estudios sobre Seguridad Internacional en la Universidad de Yale. Autor de Auge y caída de las grandes potencias. © 2009, TRIBUNE MEDIA SERVICES, INC. Traducción de María Luisa Rodríguez Tapia (EL PAÍS, 10/09/09):

Está en marcha un debate muy interesante en medios académicos sobre la suerte a largo plazo del dólar estadounidense como suprema divisa para las transacciones en moneda extranjera y, cosa más importante, para las reservas de divisas de los Gobiernos nacionales, las empresas multinacionales y los productores de petróleo, gas y otras materias primas.

En la cumbre del G-20 que se celebró en Londres el pasado abril, llamó la atención de los periodistas que el Fondo Monetario Internacional recibiera una asignación de 250.000 millones de dólares en derechos especiales de giros (DEG). Dos meses después, la cuestión volvió a surgir en Ekaterimburgo (Rusia). La reunión de los líderes de los países BRIC -Brasil, Rusia, India y China- sugirió a los comentaristas que una coalición internacional de Estados emergentes podría cantar las cuarenta al Tío Sam, en parte a base de que los países cambiaran sus reservas de divisas desde el dólar a esas unidades de cuenta del FMI.

Una interpretación generosa de toda esta “confabulación” internacional es que, en realidad, es mejor para el mundo que sus transacciones monetarias se basen en un “abanico” internacional de divisas que en una sola que, si cae por culpa de la mala gestión de su Gobierno, podría llevar a la ruina a muchos actores inocentes, especialmente los Estados más pobres que dependen del dólar estadounidense. ¿No lo había propuesto el gran economista John Maynard Keynes en 1944 a fin de evitar un mundo basado en un dólar que acabara sufriendo la maldición de llevar demasiado peso sobre los hombros?

Habría sido positivo para la comunidad internacional y para Estados Unidos. ¿Por qué tenía que tambalearse el Titán Cansado bajo el destino excesivo de su carga de ser la divisa suprema? Pero Washington, con todos los dólares que tenía en el bolsillo, puso el veto al plan de Keynes. Está bien saber que eres el más fuerte. Además, si uno posee la principal divisa del mundo puede caer en enormes déficits comerciales y de cuenta corriente sin que le castiguen por ello; un país con una divisa poco importante como Islandia o Corea del Sur no puede permitírselo.

Otra interpretación más desagradable de este paso para acabar con la hegemonía del dólar es el antiamericanismo. Es habitual que la primera potencia mundial despierte el resentimiento de otros países menos poderosos, incluso cuando esa potencia consigue distribuir bastante bien lo que los economistas llaman los “bienes públicos”. Por consiguiente, si las economías emergentes de Brasil, Rusia, India y China deciden reunirse, no es extraño que hablen sobre el sistema financiero y comercial internacional y sobre cómo depender menos de la capacidad de Estados Unidos para dañarlo (a través de hipotecas basura, pésimos bancos, el dominio de la divisa).

Para algunos, un dólar debilitado puede ser también un golpe contra la arrogancia de Estados Unidos y un recordatorio de que hasta los más poderosos pueden tropezar. Eliminar la “injusta” ventaja del dólar como divisa fundamental de reserva ha sido siempre una idea del agrado de los intelectuales franceses y, como demuestra la historia, de los presidentes franceses, desde De Gaulle hasta Sarkozy. ¿Por qué no, entonces, propugnar una “cesta de divisas” más equitativa que facilite los intercambios comerciales o, como variante, intentar organizar el comercio mediante los derechos especiales de giros del FMI? Parece razonable -y, por tanto, defendible- y bajaría los humos a los estadounidenses.

Pero resulta que hay todo tipo de razones por las que los DEG no pueden servir en la actualidad como divisa común, es decir, algo en lo que podría fijarse el precio de un coche Toyota o algo de lo que se podría sacar un puñado de billetes de un cajero automático. Su función es de carácter intergubernamental y no tiene nada que ver con, por ejemplo, los departamentos de divisa extranjera de Barclay’s.

Esto lo explicó muy bien el especialista financiero Swaminathan S. Anklesaria Aiyar, del Cato Institute de Washington (An International Monetary Fund Currency to Rival the Dollar?, ¿Una divisa del Fondo Monetario Internacional que rivalice con el dólar?, julio de 2009, para los lectores que quieran más detalles). Hay que advertir que Aiyar no es como esos comentaristas estadounidenses nacionalistas que parecen creer que la reducción del papel del dólar en el mundo es una especie de amenaza contra su virilidad. Es más, como investigador del Cato Institute, famoso por sus opiniones libertarias sobre política y economía, Aiyar alega sin reparos que la caída relativa del dólar se producirá seguramente debido al crecimiento continuo del PIB chino y la futura llegada del yuan como divisa plenamente convertible, y no porque los Gobiernos mundiales recurran a un instrumento artificial del FMI como los derechos especiales de giros. Cuando el yuan entre a formar parte de las grandes divisas, junto con el euro, el yen y el dólar, habrá todavía menos presiones y menos razones para sustituir los medios tradicionales de compraventa de dinero.

Poco después de leer el ensayo de Aiyar, me llamó la atención un artículo extraordinario titulado The World Supremacy of the Dollar at the Rendering (1917-2008) (La supremacía mundial del dólar a la hora de rendir cuentas), escrito por el especialista italiano Antonio Mosconi, del Centro Einstein de Estudios Internacionales (CESI). El título es tan bíblico -el rendir cuentas evoca el “dar al César lo que es de César y a Dios lo que es de Dios”- que inmediatamente quise saber lo que decía.

Para quienes disponen de menos tiempo libre que los profesores de universidad, lo resumiré así: el dólar estadounidense ha vivido dos vidas, la primera como divisa de un poderoso país acreedor, desde los años veinte hasta los sesenta, y la segunda como divisa de un “imperio de la deuda”, desde los setenta hasta hoy, aún tiene que llegar mucho más endeudamiento internacional tan sólo con la desgraciada liquidación de los bonos del Tesoro cada semana.

Es imposible resumir en unas frases la devastadora y elegante descripción que hace Mosconi de la explotación, por parte del Gobierno estadounidense, de su capacidad de imprimir papel en el escenario fiscal internacional. Pero su conclusión está clara: “Esta crisis no es como las demás, es la última convulsión del papel internacional del dólar”. En algún momento futuro, gran parte del mundo tomará medidas para evitar que su destino dependa de las decisiones aisladas del Tesoro estadounidense y el Banco de la Reserva Federal. Y entonces llegará la hora de rendir cuentas…

Ya veremos. Dado el nerviosismo de los mercados mundiales en la actualidad, tan posible es que veamos una mejora en el valor de cambio del dólar como que veamos una caída repentina. Ahora bien, en general, estos artículos académicos tienen bastante sentido. Vivimos hoy en un mundo en el que un sólo país, que no tiene más que el 5% de la población mundial, posee aproximadamente el 20% de su PIB, gasta casi el 50% de sus inversiones totales en defensa e imprime billetes que representan entre el 65 y el 70% de las reservas mundiales de divisa extranjera.

De creer en la teoría de la “convergencia” que propugnan los economistas -es decir, el acercamiento del producto y la renta de empresas, regiones y países-, la conclusión está clara: a medida que China, India, Corea del Sur, Brasil, México e Indonesia “se pongan al día”, la parte correspondiente a Estados Unidos disminuirá de forma proporcional, aunque los habitantes de Virginia y Vermont sean más ricos, en términos absolutos, en el año 2050. Tarde o temprano -y lo que se discute es si va a ser “tarde” o “temprano”, no si va a ser- vamos a presenciar otro gran cambio en los equilibrios mundiales de poder.

Incluso a corto plazo, y sobre todo si yo fuera un gestor de dinero interesado en proteger los futuros intereses de mis clientes, supongo que observaría con más cuidado la distribución actual de mis carteras, sólo para asegurarme de que, cuando me llegara la hora de “rendir cuentas”, no pareciera completamente anticuado. Y, cuando cobro como autor internacional, me gusta recibir mis honorarios y derechos en muchas monedas, sólo para estar tranquilo.

Fuente: Bitácora Almendrón. Tribuna Libre © Miguel Moliné Escalona